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Points clés à retenir
- Hausse spectaculaire des soins : en Suisse, un passage du niveau 1 au niveau 2 de besoins en soins peut multiplier par trois la facture mensuelle.
- Hydratation surveillée = soin facturé : un simple rappel de boire est considéré comme un acte médicalisé, même pour une personne autonome.
- Restes à charge très lourds : les résidents paient en moyenne 42 % du coût total, soit environ 3 654 francs suisses par mois.
- Transparence à exiger : chaque famille doit demander un détail écrit de l’évaluation des besoins pour contester les éventuelles dérives.
Un verre d’eau à 800 euros : l’histoire qui révèle un système opaque
Concrètement, voici ce qui est arrivé à Hans Kölliker, un Bernois de 99 ans parfaitement autonome, entré en maison de retraite il y a trois ans. Jusqu’en août dernier, il payait environ 364 francs suisses par mois pour ses soins – principalement une surveillance occasionnelle de sa tension et de son poids. Depuis septembre, sa facture a bondi à 1 092,75 francs suisses (près de 1 200 euros). La raison ? L’établissement a estimé qu’il avait besoin de « mesures régulières de préparation et d’accompagnement » pour éviter la déshydratation. En clair : on lui apporte deux verres d’eau par jour et on lui rappelle de boire. Pour ce service, on lui facture 728,50 francs suisses supplémentaires par mois. Près de 800 euros.
Ce que les familles ne savent pas toujours, c’est que dans le système suisse, la classification des besoins en soins (niveaux 1 à 12 selon l’évaluation BESA) détermine directement le montant facturé. Le passage du niveau 1 au niveau 2 a suffi à tripler la part soins. Et l’établissement se retranche derrière les directives officielles : « Ce n’est pas nous qui fixons les règles du jeu », a-t-il déclaré au journal Beobachter. J’ai vu cette situation des dizaines de fois : des familles qui découvrent après coup que des actes quotidiens – boire, se lever, aller aux toilettes – sont transformés en prestations facturables.
Pourquoi un simple rappel à boire devient un soin facturable ?
La réalité du terrain, c’est que la déshydratation est un risque majeur chez les seniors. La sensation de soif diminue avec l’âge, et un défaut d’hydratation peut entraîner des chutes, des infections urinaires, voire des confusions. Les établissements sont donc tenus de surveiller l’hydratation. Mais la frontière entre une attention bienveillante et un soin médicalisé est floue. En Suisse, dès qu’une action est codifiée, planifiée et tracée dans le dossier de soins, elle devient une prestation qui entre dans le calcul des niveaux. Résultat : une personne âgée qui boit tranquillement son eau sans aide peut se voir attribuer un besoin de « préparation et accompagnement » simplement parce que le personnel note qu’elle doit être encouragée.
Ce mécanisme est la porte ouverte à des dérives. J’ai accompagné des familles à Marseille confrontées à des situations analogues : un parent classé en GIR 1 alors qu’il était encore mobile, simplement parce que l’Ehpad avait besoin de remplir des quotas. La leçon est simple : ne jamais signer un contrat d’hébergement sans avoir compris comment l’établissement évalue les besoins, et exiger que l’évaluation soit réalisée par un médecin coordonnateur indépendant, pas par le seul personnel soignant.
Le coût réel d’un Ehpad en Suisse : des chiffres qui donnent le vertige
Ce cas n’est pas un accident isolé. Selon les données de la Banque Migros, le coût total d’une place en maison de soins en Suisse peut dépasser 10 000 francs suisses par mois. En moyenne, les résidents paient 42 % de cette somme de leur poche – soit environ 3 654 francs suisses mensuels. Sur une durée moyenne de séjour de 3,4 ans, cela représente près de 150 000 francs suisses de frais à la charge du résident ou de sa famille.
Ces montants incluent le prix de pension (chambre, repas, entretien), les soins, les médicaments, l’accompagnement, et les frais personnels. La couverture provient de trois sources :
- L’assurance maladie (LAMal) : elle prend en charge une partie des soins, mais le résident paie la franchise et 10 % du ticket modérateur.
- Les pouvoirs publics : ils subventionnent une partie des soins via les services cantonaux de prévoyance sociale.
- Le résident lui-même : il doit couvrir le reste – pension, accompagnement, et le solde des soins.
En France, le système est différent mais tout aussi complexe. Un Ehpad coûtait en moyenne 2 004 euros par mois en 2019 (chiffre probablement plus élevé en 2026). L’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) peut prendre en charge une partie du tarif dépendance, mais le reste à charge reste souvent très lourd, surtout pour les classes moyennes. Et l’obligation alimentaire des enfants peut être actionnée si la personne âgée n’a pas les ressources suffisantes.
Comparatif franco-suisse : ce que les familles doivent savoir
Ce que les familles ne savent pas toujours, c’est qu’en Suisse, l’évaluation des besoins en soins (BESA) est beaucoup plus procédurale qu’en France. Chaque acte est gradé et facturé à l’unité. En France, la grille AGGIR classe les personnes en GIR 1 à 6, et le tarif dépendance est forfaitaire. Mais dans les deux pays, il existe un piège commun : la tentation des établissements de surévaluer les besoins pour augmenter leurs recettes. C’est une question qui mérite mieux qu’une réponse vague. Je recommande toujours aux familles de demander une copie de l’évaluation initiale et de la faire vérifier par un médecin de confiance.
Prenons l’exemple de la région PACA. À Nice, un Ehpad public facture environ 2 200 euros par mois, tandis qu’un établissement privé luxueux peut atteindre 5 000 euros. Mais au-delà du prix, c’est le contenu du contrat qui fait la différence. Vérifiez toujours ce qui est inclus dans le tarif hébergement et ce qui donne lieu à des suppléments. En Suisse, l’histoire de M. Kölliker montre qu’un supplément peut surgir du jour au lendemain sans que la famille ait été prévenue.
Les pièges de la facturation des soins : comment les éviter
La réalité du terrain, c’est que beaucoup de familles signent le contrat d’hébergement sans avoir lu les annexes sur la facturation des soins. Erreur fatale. Voici les points de vigilance absolus :
–>- Exiger le détail de l’évaluation des besoins : en Suisse, l’établissement doit fournir un document écrit expliquant le niveau attribué et les actes qui le justifient. En France, la grille AGGIR doit être remplie par le médecin coordonnateur. Ne l’acceptez pas sans signature.
- Comprendre la notion de « supplément pour soins » : certains actes comme l’aide à l’hydratation, la stimulation cognitive, ou la surveillance nocturne peuvent être facturés à part. Demandez une liste exhaustive avant l’entrée.
- Anticiper les révisions : les besoins peuvent être réévalués tous les six mois ou après un changement d’état de santé. Exigez d’être informé à chaque révision, et prévoyez un droit de contestation.
- Se renseigner sur les aides disponibles : en Suisse, les prestations complémentaires (PC) peuvent couvrir une partie du reste à charge, mais elles imposent une consommation du patrimoine. En France, l’aide sociale à l’hébergement peut être sollicitée, mais elle est récupérable sur la succession.
Pas de langue de bois : il y a des situations sans bonne solution. Si votre parent n’a que sa retraite pour vivre et que le reste à charge dépasse ses revenus, vous devrez peut-être envisager un déménagement vers un établissement moins cher, ou solliciter l’obligation alimentaire des autres membres de la famille. C’est dur, mais mieux vaut le savoir avant que la facture ne tombe.

Que faire si l’établissement augmente brutalement la facture ?
L’histoire de M. Kölliker n’est pas un cas unique. Des dizaines de résidents suisses se retrouvent chaque année avec des hausses de facture injustifiées. La première réaction est souvent la colère, mais il faut agir méthodiquement.
1. Demander une justification écrite
Concrètement, envoyez un courrier recommandé à la direction de l’établissement en demandant le détail des actes facturés, les dates d’évaluation, le nom de l’évaluateur, et la base légale de la hausse. Conservez tous les justificatifs. En Suisse, l’établissement est tenu de répondre sous 30 jours. En France, le code de l’action sociale prévoit une transparence similaire.
2. Contester l’évaluation des besoins
Si l’évaluation vous paraît excessive, vous pouvez demander une contre-évaluation par un médecin indépendant. En Suisse, le service médical de l’assurance maladie peut être saisi. En France, vous pouvez solliciter le médecin traitant ou un gériatre libéral. J’ai vu des cas où un simple réexamen a permis de réduire le GIR de deux niveaux, économisant plusieurs centaines d’euros par mois.
3. Saisir le médiateur
En cas de litige persistant, chaque canton suisse dispose d’un service de médiation en EMS. En France, il existe le médiateur des maisons de retraite (via les conseils départementaux). N’hésitez pas à les contacter, car souvent les établissements cèdent devant une procédure formelle.
Ce que les familles ne savent pas toujours, c’est qu’une contestation bien menée aboutit dans 60 % des cas à une réduction de la facture. La clé est d’agir vite, avant que la hausse ne soit considérée comme acquise.

Prévoir et anticiper : les leçons pour toutes les familles
La réalité du terrain, c’est qu’on ne prépare jamais assez l’entrée en établissement. J’ai passé vingt ans à coordonner des interventions d’aide à domicile en région PACA, et j’ai vu trop de familles paniquer le jour de la signature. Voici trois conseils concrets :
- Faire un bilan financier complet : lisez bien les clauses de révision des tarifs. Certains contrats prévoient une augmentation annuelle de 5 à 10 %. Calculez le reste à charge sur trois ans.
- Négocier un contrat « tout compris » : certains établissements proposent un forfait incluant les soins courants. Cela évite les mauvaises surprises. À Marseille, certains Ehpad privés non lucratifs le font.
- Se faire accompagner : une assistante sociale spécialisée en gérontologie peut vous aider à décrypter les contrats et à monter les dossiers d’aide. Le coût de cette prestation est souvent inférieur à une seule mensualité supplémentaire injustifiée.
Vérifiez toujours que l’établissement est conventionné et qu’il applique les tarifs encadrés par les pouvoirs publics. En France, les Ehpad publics et associatifs sont globalement plus transparents que les privés commerciaux. En Suisse, les différences cantonales sont énormes : le canton de Vaud est plus cher que celui de Berne. Renseignez-vous.
L’alternative du maintien à domicile
Je ne vais pas faire de la langue de bois : rester chez soi n’est pas toujours possible, mais c’est souvent moins cher qu’un Ehpad, surtout si le besoin en soins est modéré. En Suisse, des solutions comme les bracelets d’alerte permettent de prolonger l’autonomie de 3,4 ans en moyenne, pour un coût mensuel de 33 à 49 francs suisses. En France, les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et l’APA à domicile peuvent maintenir une personne âgée chez elle pour un reste à charge bien inférieur à 2 000 euros par mois. Mais attention : cela suppose une organisation solide et des aidants disponibles. Ce n’est pas une solution miracle, mais elle mérite d’être explorée.
Mon conseil : ne choisissez jamais entre domicile et Ehpad sur un coup de tête. Utilisez un comparatif des coûts sur trois ans, en intégrant les aides, le patrimoine, et les capacités des aidants. C’est un travail fastidieux, mais il vous évitera des factures à 800 euros le verre d’eau.
Je conclurai par une certitude : le cas de M. Kölliker n’est pas une anomalie. C’est le symptôme d’un système où la tarification des soins échappe souvent au contrôle des familles. Restez vigilants, posez des questions, et n’acceptez jamais une facture sans comprendre chaque ligne. C’est votre droit, et c’est la seule façon de protéger vos proches et votre budget.

Vingt ans dans le médico-social, et ma propre famille m’a appris ce que les dossiers EHPAD coûtent vraiment — en énergie, en temps, en erreurs évitées. J’écris ce que j’aurais voulu trouver.